LA PORCELAINE DE LIMOGES

KAOLIN, De la terre à la pierre

Lorsque Jean-Baptiste Darnet découvre en 1768, un gisement de kaolin à Saint-Yrieix-la-Perche, le Limousin est alors l'une des régions les plus pauvres de France qui est composée essentiellement de paysans. L'extraction du kaolin appelé « or blanc » permet alors à des centaines de Haut-Viennois d'accéder à des métiers plus gratifiants et mieux rémunérés.

 Les hommes détachent les blocs de kaolin à l'aide de pelles et de pioches, alors que les femmes les portent vers l'extérieur des carrières grâce à des caissettes en bois disposées sur leur tête, afin de débarrasser le kaolin de ses impuretés.

 C'est donc en Haute-Vienne, par la découverte du kaolin, que la Porcelaine de Limoges a vu le jour, et c'est grâce aux femmes et aux hommes qu'elle a prospéré et perduré en forgeant l'âme d'un territoire.


Carte postale vers 1904 "COLLAS Charles et Cie de Cognac" : le kaolin, le nettoyage après l'extraction >

Implantation des manufactures

En 1771 est créée à Limoges, la première manufacture de porcelaine « Manufacture Royale des Porcelaines de Limoges ». Elle sera suivie en 1774 par la manufacture de La Seynie à Saint-Yrieix-la-Perche.

Par la suite, l'acte signé le 11 juillet 1786 par François Alluaud permettra d'exploiter le gisement de Marcognac et va ouvrir la voie à son développement industriel.

En 1816, une usine est construite dans le quartier des « Casseaux » à Limoges. Son implantation est réalisée de manière stratégique, juste en face du Port du Naveix situé sur la Vienne, où le bois nécessaire pour alimenter les fours arrive par flottage. 

C'est François II Alluaud, fils du propriétaire des carrières de Marcognac, qui entreprend cette construction visionnaire. Il forme des ouvriers au tournage, au modelage, au coulage, et crée une école de peintres sur porcelaine. Ses compétences vont permettre à la Porcelaine de Limoges de connaître ses premières heures de gloire.

En 1805, le nombre des manufactures installées dans le département augmente progressivement. Le premier rapport officiel paru en 1806 relève l'existence de 5 fabriques, dont 2 à l'extérieur de la ville, puis 6 en 1819, 16 en 1827 et 24 en 1839.


Âge "d'or blanc"

Le XIXème siècle marque l'essor de la Porcelaine de Limoges et forge sa légende. 

L'arrivée de la famille Haviland, dont la volonté de pourvoir au marché américain, donne un élan inédit au secteur : en 1860, l'usine Haviland compte 6 fours et 200 ouvriers dont 128 décorateurs, quarante ans plus tard, le nombre de salariés est multiplié par 10 et les fours par 3. Ce développement nécessite la formation d'ouvriers et de peintres afin de répondre aux importantes commandes des arts de la table, de nouvelles techniques de décoration (chromolithographie) permettent alors diversifier les décors. 

À cette même période, les nombreux prix attribués aux manufactures lors des expositions universelles, contribuent également à renforcer la renommée internationale de la Porcelaine de Limoges. 

Dans les années 1900, la porcelaine est le premier pourvoyeur d'emplois de la ville avec 11 000 ouvriers répartis sur une trentaine de sites de fabrication auxquels il convient d'ajouter des ateliers de décoration indépendants et des commerces de vente.

Parallèlement à cela, tout un écosystème se met en place avec la naissance de nouveaux quartiers autour des usines, de commerces florissants, d'axes de transports, etc...

C'est ainsi qu'au-delà de l'expansion économique, la Porcelaine de Limoges a véritablement façonné la ville en dessinant son urbanisme et en laissant son empreinte sur de nombreux bâtiments limougeauds, tels que les halles ou encore le pavillon du Verdurier.



Diversité des productions

Traditionnellement réservées aux arts de la table, les productions de Porcelaine de Limoges vont se diversifier. Grâce à ses exceptionnelles propriétés enfin révélées par les dernières découvertes de l'époque, les applications évoluent et les fabricants se tournent vers les porcelaines techniques. 

Dès 1914, un industriel parisien implante à Ambazac (au nord-est de la Haute-Vienne) une usine de bougies d'allumage en porcelaine pour les moteurs. 

En 1919, c'est au tour de la manufacture Legrand de produire de l'appareillage électrique en porcelaine pour répondre aux besoins d'une France en pleine électrification.

Ces nouveaux axes de développement vont permettre à l'industrie porcelainière de s'adapter entre les périodes de guerre, face à la concurrence internationale et aux mutations sociales.



Diversité des savoir-faire

Durant la seconde moitié du XXe siècle, la généralisation de l'électricité et du gaz entraîne la fin du règne des fours ronds à bois et au charbon. Le premier four industriel fabriqué selon les plans de GDF est mis en service en 1955 et en quelques années, tous les fours ronds disparaissent pour être remplacés par les nouveaux modèles au gaz.


La Haute-Vienne possède alors un vaste maillage d'équipementiers, d'entreprises spécialisées dans la fabrication des céramiques, qui favorisent l'émergence de nouvelles technologies et l'innovation. Ces dernières qui comptent pour certaines plus d'une centaine de collaborateurs, participent aujourd'hui en France et à l'étranger à la reconnaissance des savoir-faire de la Porcelaine de Limoges.

Porcelaine star

Concernant la création artistique, les années 1950 à 1970 sont essentielles et déterminantes pour la porcelaine de Limoges, qui portée par la mode des services de table dits « modernes » offerts aux jeunes mariés et les commandes de services prestigieux faites par de nombreuses têtes couronnées du monde entier. 

A cette époque, des collaborations avec des designers et créateurs de renom se multiplient : Marc Held pour Coquet, Roger Tallon et Jean-Charles de Castelbajac pour Raynaud, Hubert de Givenchy pour Haviland, Carven pour Bernardaud... 

Par ailleurs, très à l'écoute des besoins de leurs clients, les manufactures de Limoges développent le sur-mesure, c'est-à-dire les services réalisés à la demande en collaboration avec les plus illustres chefs étoilés de France et de la planète. 

Hollywood rend également hommage à maintes reprises à la Porcelaine de Limoges, comme par exemple dans le film « Out of Africa » de Sydney Pollack oscarisé en 1985.